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LE 22 FÉVRIER 1680: L'EXÉCUTION DE LA VOISIN ET L'AFFAIRE DES POISONS

Dernière mise à jour : 13 mars

Le 22 février 1680 sur la place de Grève (en face de l'Hôtel de Ville), le bourreau de Paris décapite une femme de 40 ans accusée de sorcellerie et d'empoisonnement, Catherine Deshayes  , dite "la Voisin" (le nom de son mari), puis son corps et sa tête sont brûlés et les cendres dispersées dans la Seine. La Voisin est, avec la marquise de Brinvilliers  , la plus célèbre des empoisonneuses impliquée dans "l'Affaire des poisons", le fait divers le plus marquant du règne de Louis XIV avec des centaines d'accusés et des suspects aussi célèbres que Madame de Montespan (la favorite du roi) ou Racine.



LES DÉBUTS DE L'AFFAIRE: UN HÉRITAGE ACCUSE LA MARQUISE DE BRINVILLIERS


Le 31 juillet 1672, un officier de cavalerie, Godin de Sainte-Croix, meurt à son domicile, l'hôtel des abbés de Fécamp au n° 5 de la rue Hautefeuille à Paris. On retrouve dans l'inventaire après décès une cassette et une note manuscrite demandant de n'ouvrir cette cassette que si son propriétaire venait à décéder avant la marquise de Brinvilliers. La marquise étant toujours vivante, la cassette est ouverte et elle contient, entre autres, une série de neuf lettres écrites par la marquise à son amant, à savoir le Godin de Sainte-Croix qui vient de mourrir, où l'on apprend qu'elle a empoisonné ses frères et son père pour pouvoir hériter et qu'aussi bien son mari (qui s'est réfugié en Province) que son amant se sentent menacés (d'où le fait de conserver une cassette avec des preuves contre sa maîtresse).



Jean-Baptiste Cariven, La marquise de Brinvilliers soumise à la question,1878

Gabriel Nicolas de La Reynie, lieutenant général de police de Paris, est chargé d'enquêter. Si la marquise de Brinvilliers échappe dans un premier temps à la justice en s'enfuyant en Angleterre et doit être jugée par contumace en 1673, le valet de Godin de Sainte-Croix, Jean Hamelin dit La Chaussée, est arrêté et passe aux aveux: il confesse avoir été un tueur à gages aux ordres de Godin de Sainte-Croix et confirme les suspicions visant la Brinvilliers. Il est donc rompu vif en place de Grève en mars 1673.

Colbert, le principal ministre de Louis XIV, cherche alors à obtenir de l'Angleterre l'extradition de la marquise de Brinvilliers qui trouve un nouveau refuge à Valenciennes puis dans un couvent de Liège, où un exempt de police déguisé en prêtre, François Desgrez, parvient à l'arrêter en 1676. Détenue à la Conciergerie et torturée, la marquise de Brinvilliers refuse d'avouer mais déclare: " s’il dégoutte sur moi, il pleuvra sur Pennautier". Elle vise un homme d'affaire du Languedoc devenu receveur du clergé de France (chargé de collecter les impôts pour le clergé), Pierre Louis Reich de Pennautier. Ce dernier est aussi arrêté, d'autant que la veuve du précédent receveur du clergé de France, Marie Vosser, l'accuse d'avoir empoisonné son mari pour récupérer cette charge lucrative. La Brinvilliers est décapitée en place de Grève, tandis que Pennautier est relâché, faute de preuves suffisantes, après 13 mois de détention.


L'AFFAIRE REBONDIT LORS D'UN DÎNER ARROSÉ


Trois ans plus tard, en 1679 lors d'un dîner amical, une certain Marie Bosse réputée devineresse, se vante en étant ivre de ses talents d'empoisonneuse. L'un des convives, Maître Perrin, la dénonce auprès de François Desgrez (l'exempt de police qui avait arrêté la Brinvilliers) dont l'enquête révèle que Marie Bosse a fourni des poisons à certaines femmes de parlementaires. Marie Bosse donne aussi le nom d'une complice, la fameuse "la Voisin". Son procès passionne les foules et une pièce de théâtre, La Devineresse  de Donneau de Visé et Thomas Corneille, en fait son personnage principal sous le nom de madame Jobin. La Voisin révèle avant son exécution le nom de plusieurs hautes personnalités et sa fille met en cause la Montespan (une favorite du roi tombée en disgrâce) qui aurait empoisonné Mme de Fontanges (une rivale de la Montespan morte à 20 ans) et donné des philtre d'amour à Louis XIV, même le célèbre tragédien Racine est soupçonné d'avoir voulu empoisonner sa maîtresse.


L'abbé Étienne Guibourg célébrant une messe noire sur le corps nu de Madame de Montespan, en présence de La Voisin. Gravure de la fin du XIXe siècle.


UNE AFFAIRE PROMISE À "UN ÉTERNEL OUBLI"


Le roi crée, en 1679, une cour de justice extraordinaire sise à l'Arsenal, la Chambre ardente, qui auditionne 442 personnes. Il est aussi question de messes noires où des nouveaux-nés seraient sacrifiés en l'honneur de Satan dont celles de l'abbé Guibourg  (mort en prison en 1686). La chambre ardente fait arrêter 319 personnes, prononce 30 acquittements, 36 condamnations à mort, 34 bannissements du royaume ou amendes et quatre condamnations aux galères, avant que le roi ne décide en 1682 d'arrêter les auditions et de laisser mourrir en prison les personnes encore accusées et non condamnées. En 1709, le conseil du roi décide de faire brûler les « vingt-neuf gros paquets de divers registres », procès-verbaux et rapports de police ayant trait à l'Affaire des poisons, heureusement pour les historiens il reste les traces écrites de la procédure inquisitoire.

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